" A nous la parole maintenant ! "

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vendredi, juillet 22 2011

Walter "construire la démocratie doit être une tâche commune"

Walter Limache vient de Bolivie où il travaille pour le programme Nina qui forme de futurs leaders politiques d'origine indigène et/ou paysan. Il nous fait part dans cette interview de son regard sur la gouvernance actuelle.

"La pluralité et la pluri-nationalité sont des facteurs déterminants dans le processus de construction du politique et des prises de décisions que ce soit au niveau local, régional, national ou international. Il n'est plus possible de continuer à bloquer la parole des pays du Sud au nom de la démocratie ou de trop grandes différences.

Les représentants gouvernementaux doivent demander à ce que les organisations internationales incorporent les pays du Sud au sein des instances de proposition, de formulation des besoins et des prises de décisions. Les sociétés du Sud sont entrain de vivre de grands mouvements d'éveil politique et d'apprentissage de la démocratie. La société civile a réussi à prendre davantage conscience de l'importance de la revendication de ses droits, ce qui renforce sa propre capacité de mobilisation et d'organisation. Les tâches qu'ils nous restent à accomplir, nous sociétés civiles, sont aujourd'hui nombreuses et au premier titre la clarification des agendas qui doivent reconnaitre l'accomplissement de ces mouvements démocratiques et appuyer l'inscription de nouveaux droits dans les constitutions des pays du Sud (liberté de parole, générer des espaces de réflexion, de critique, participation...)

Le bien commun et l'intérêt de tous ne peuvent être pensés qu'en collectivité en acceptant la capacité interne de gestion et la souveraineté des pays du Sud. La vision que beaucoup de gens ont sur les sociétés du Sud doit changer, ce n'est que par cette transformation que le monde sera plus juste pour tous et que nous éliminerons les inégalités.

Faciliter le développement des sociétés du Sud c'est d'abord dire "non" au pillage des multinationales occidentales qui servent de grands intérêts financiers, les pays du Sud ont été mis à sac par les pays les plus riches. Ces profits portent atteinte aujourd'hui aux droits les plus basiques des populations et nos États ont du mal à assurer leurs fonctions : accès à l'éducation, à la santé, au travail, à l'eau potable...La construction d'un monde de paix et de justice doit passer par l'auto détermination des populations elles-mêmes. Pourquoi ne pourrions nous pas choisir comment nous développer, comment sortir de la pauvreté ? Ne connaissons nous pas notre réalité, les causes de cette misère ?

Il est temps de dire "non" aux politiques économiques qui sont décidées en fonction des pays riches qui privent les sociétés de leur autonomie et de leur indépendance. Nous ne voulons plus être des exclus, nous voulons participer à ce monde, à l'avenir de cette planète. Nous demandons des politiques d'appuis, de coopération non pas que l'on nous dicte nos lois !

Nous devons assumer que les grands défis se relèvent d'une manière collective à l'image de cette ascension que nous effectuons. Il est certes difficile de travailler ensemble, chacun portant des projets différents mais le partage d'expériences, les apports de chacun et les expériences du passé devraient nous guider. Il faut arrêter de penser à satisfaire nos besoins, c'est l'avenir de notre monde qui en jeu.

Je sais qu'il est possible de conjuguer des valeurs profondément humaines pour construire un monde plus équitable. Il y a des brèches, des inégalités entre le Nord et le Sud mais je vois aussi une volonté de changement, une volonté venant d'hommes et de femmes de la société civile. Ces personnes doivent être entendus. Nos décideurs ont la responsabilité d'entendre la voix de tous. A nous la parole, maintenant !"

Walter Limache, UNITAS partenaire du CCFD-Terre Solidaire

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mardi, juillet 12 2011

1ère arrivée : Gracita Osias Saint Louis

Premières réactions de notre partenaire haïtienne fraichement arrivée sur Paris et qui a laissé son équipe et ses proches pour se lancer dans cette aventure au sommet du Mont Blanc...

"J'ai laissé ITECA (l’Institut de Technologie et d’Animation) vendredi 8 juillet après-midi après avoir salué les autres femmes d'ITECA qui me disaient "Gracita tu vas tenter çà, tu n'as pas peur de mourir, tu es une femme ?" Je me rappelle du début de cette aventure, quand le directeur Jean-Baptiste Chenet m'en a parlé, il me disait "Gracita ne te laisse pas influencer, je sais que tu peux y arriver". J'en ai bien sur parlé à mon mari qui lui même m'a encouragée. Ensuite les premières images que l'on m'a envoyées m'ont motivée, je me suis dit que si d'autres le faisaient je pouvais le faire ! Je suis une personne qui veut toujours tenter de nouvelles choses ! Je suis responsable du secteur des femmes à ITECA, et dans les derniers temps nous nous levions à 4h30 et nous allions courir une heure pour mon entrainement ! Les plus courageuses me suivaient comme Idovia Louima, l'après midi il fait tellement chaud c'est impossible. Même les jeunes comme Fanay, une amie cubaine de 29 ans, n'avait pas la force de se lever, c'était très drôle mais moi ma motivation est grande. Je suis habituée à beaucoup marcher pour aller à la rencontre des paysans de l'ile. La ferme où nous travaillons se trouve à 15 kilomètres de la première ville et les déplacements coutent chers donc soit on reste à la ferme pour la semaine soit on marche ! J'ai aussi eu la chance d'avoir un entraineur professionnel, un ami du quartier, Delphin Dalencourt. Il est professeur de sport et nous avions rendez vous tous les week-ends le samedi et le dimanche matin. Même quand j'étais fatiguée j'y allais pour courir et faire des exercices pour me muscler les genoux, la hanche, çà m'a beaucoup aidé.

Toute l'association était très enthousiaste en me voyant partir, on connait bien les acteurs du CCFD- Terre Solidaire qui sont venus à plusieurs reprises nous rendre visite. Les hommes aussi m'ont encouragée en me disant "Puisque tu travailles avec les paysans, ils faut là bas leur parler du choléra, de nos problèmes, comment nous vivons ici en Haïti." Je viens donc défendre les petits paysans et les femmes des sociétés du Sud. Quand je vois les profils des autres grimpeurs, je me dis qu'il faut que je sois "en tête de tous ces hommes"! Il n'y a bien sur aucune rivalité, je dis juste cela pour taquiner et montrer que les femmes seront bien présentes dans ce challenge !

Le dimanche 10 juillet à 11h j'ai pris l'avion, en laissant mes deux garçons et ma nièce, là encore tout le monde me demandait si j'avais peur et surtout "mais qu'est ce que tu vas faire la bas ?" Il y a beaucoup d'attentes et d'espoirs au travers de ce projet pour mieux faire entendre la société haïtienne.

J'ai foulé pour la 1ère fois sur le sol français dimanche en fin d'après-midi, je m'attendais à ce qu'il fasse très froid, j'ai pris des polaires avec moi ! Mais en arrivant j'ai découvert qu'il faisait chaud ! J'ai déjà fait un petit tour de Paris, dire que j'étudiais la Seine quand j'étais en primaire, on nous apprenait "Il y a la Seine qui passe à Paris et la Tamise à Londres", et maintenant je suis devant ! L'architecture est impressionnante, en Haïti avec le séisme la cathédrale la plus grande et belle du pays, celle de Port au Prince s'est effondrée et beaucoup d'endroits ont été bétonnés pour gagner de l'espace...

Le CCFD-Terre Solidaire, je ne connaissais pas non plus, c'est différent de chez nous, le siège de notre association est en pleine nature, il y a seulement un tout petit bureau de liaison en ville et encore ce n'est qu'un passage pour régler les affaires administratives. J'ai l'impression de connaitre déjà plein de monde et pourtant je vous vois pour la 1ère fois !"

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