Depuis septembre 2001, le monde est imprévisible. Pas si anecdotique et  complètement inattendu :  l’exemple récent des manifestations contre le foot au Brésil !  Et on a du mal à trouver des endroits où ça va, des théories, des repères apaisants.  Doutes et angoisses

  1. Quels sont les mouvements clairs ?

-    L’Europe est en déclin. Elle ne parvient pas à faire le deuil de se penser grande puissance.   On n’arrive pas à penser un monde où on est périphérique, où on est parfois regardé de haut par les émergents. En plus, pas de vision collective en Europe.

-    Fin du cycle historique néolibéral où les Etats sont hors-jeu, où les entreprises transnationales pensent qu’elles vont dominer (  http://blog.ccfd-terresolidaire.org/rhone-alpes/post/2015/02/04/TAFTA-%3A-mieux-comprendre), et où la consommation mène le monde.
On commence à voir maintenant la réaffirmation des États (ex : USA reprennent la main sur les banques).

-    Montée des émergents, fin de la super puissance américaine : on se dit qu’il y aura un « après les USA » (même s’ils ne vont pas se laisser faire).

-    Premiers symptômes graves sur l’état de la biosphère, de l’environnement. On voit                                                                                                      les limites du monde.

-    Qu’avons-nous à offrir ? Jusqu’ici, seule réponse : la croissance. Mais on n’a pas    
     un mode de vie soutenable. Quels projets négocier avec les autres ?

-    Se font jour de plus en plus de doutes sur les capacités de la technologie, de la science qui avance souvent… pour réparer les dommages qu’elle a entraînés. Les nanotechnologies dont on parle beaucoup, sont bonnes à améliorer … la moutarde ou la qualité des chaussettes… Voilà qui est un peu faible pour régler les problèmes du monde… Rien à voir avec l’arrivée du charbon à l’ère industrielle ! Les utopies techniques de 1970 ne nous portent plus.

-    On voit aussi se multiplier les États faillis et de non-droit. Chaos auquel il faut réfléchir. On ne peut générer de l’ordre par la puissance (ex : Lybie : c’était le non-droit avant les interventions, donc c’est difficile d’arranger le chaos.)
Du coup, on cherche à discuter avec des États stables (ex : Iran), car si l’on veut faire pression, faire du plaidoyer, il faut avoir en face un État fort.

 

2. Quels défis?

            -    On ne peut plus lire le monde selon le clivage simple : Nord/Sud.

-    A cause de nos difficultés en Europe (chômage), nous sommes moins sûrs de nous. Notre modèle ne fonctionne plus.
Alors, nous nous demandons s’il faut être solidaire ici, avec les proches, ou s’il faut financer l’international.
Vers 1960-1970, on croyait à un internationalisme vers le progrès. De nos jours, notre internationalisme parait idéaliste, utopique, il est aussi moins visible, moins accepté.
On est confronté à un internationalisme très efficace d’un autre genre : les mafias, les groupes islamistes, les fraudes fiscales. On a du mal à les identifier, on se sent impuissants devant eux.

            -     L’ancien monde est en perte de vitesse, le nouveau tarde à venir : au milieu, il y a                          
                  place pour les monstres. En effet, on ne peut plus convaincre les gens avec nos                         
                  idées de globalisation qu’on n’a pas réussi à humaniser. Or il y a, dans le fascisme,  
                  une promesse séduisante de réponse aux aspirations sociales. C’est pourquoi il est 
                  force d’attraction. Il sait affirmer. 

            -     Faut-il rester dans l’émotion, la simplification ? Des vidéos innombrables et 
                  accablantes nous laissent impuissant. Et nous détournent d’engagements à long       
                  terme, nous laissent dans le hic et nunc, pas plus.

  
-     Faut-il écouter toutes les promesses de résolutions immédiates des problèmes, à            
      grand renfort de communication ? (ex : Bill Gates va éradiquer la malaria en trois
      ans ! ). 
      Les associations, qui sont dans la nuance, sont considérées comme des rabat-joie.

            -     Dans nos associations, nous sommes partout imprégnés du vocabulaire des           
      néolibéraux : «  capital social », « investisseurs sociaux » etc… : il faut réfléchir  
                  sur nos métaphores qui biaisent la réalité.

            -     Et enfin, dans les associations, des gens qui viennent des entreprises, habitués à 
                  accumuler de la puissance, ne se rendent pas compte que cela ne suffit pas à régler 
                  les problèmes.

 

3 . Comment réagir ?

-    D’abord, réfléchir. Penser, en sachant que nous allons être dépassés. Garder l’idée  
                  que l’imprévu va arriver, inévitablement.

           -     Repérer ce qui est, pour nous, fondateur, rester fermes sur nos valeurs et les 
                  souligner dans la forme que prendra nos actions.
                  Ex : Affirmer qu’il faut du temps long. Ne pas céder au schéma actuel : aller vite, 
                                 être efficace. Affirmer notre confiance dans le partenariat.

-    Réenchanter l’internationalisme progressiste : trouver les mots pour cela.

a) ex : La lutte contre les multinationales ne mobilise plus assez ; alors, mettre en avant la question – et le langage- du bien commun, ici et mondial. Faire l’éloge de la sobriété, de la lenteur (ex : slow food :     https://fr.wikipedia.org/wiki/Slow_Food   ). Accompagner le mouvement féministe, dans les mots et dans les actes, au quotidien, en famille, dans les décisions citoyennes, ici et là-bas.

b) Face à l’affirmation de Thatcher « il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme », il faut apprendre à être convaincant : utiliser des arguments, par ex, le sens de l’histoire, l’histoire est une flèche (et non l’idée qu’il y a un cycle des états, chacun gagnant tour à tour ). L’œcuménisme, et la réalisation de ces valeurs dans certaines sociétés, va nous aider. Il faut investir ces idées, produire un contre discours, contre la droite FN par exemple.

c) Face au dispensionalisme des USA    https://fr.wikipedia.org/wiki/Dispensationalisme , 
face aux films apocalyptiques type Armageddon, si prisés actuellement, aux films de Kubrick où le monde est au bord de l’effondrement, redonner l’idée que les gens vont s’approfondir en s’engageant, et en tirer une satisfaction personnelle. Idem pour l’éducation populaire qui veut améliorer le système social par l’éducation https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ducation_populaire

d) Face au fondement idéologique du néolibéralisme : Darwin aurait montré que seule la compétition permet le progrès, que seul le plus apte survit, idéologie poussée par Spencer et déjà prônée par Malthus, 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Darwinisme_social
il faut savoir et dire que Darwin s'est lui-même opposé avec vigueur à l'application « brutale », par Spencer, de la sélection naturelle au sein des sociétés humaines. 

e) Face aux idées protestantes de la prédestination : « il y a des élus », reprises par le néolibéralisme, il faut opposer les idées des Lumières et de l’éducation pour tous.

-     Et enfin, accepter le terme « politique ». Aider les personnes craintives, 
       méfiantes, à l’accepter. Une tradition française forte voit le politique de façon trop 
      négative. Il faut quand même savoir ce que l’on veut et ce que l’on dit : la        
      démocratie, c’est le seul régime qui oblige tout le monde à faire de la politique.  
      Imparfaitement, peut-être, mais on peut travailler à l’améliorer.
      Cf Thucydide 450 avant J.C : « Un homme qui ne se mêle pas de politique mérite  
      de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile. » Athènes   
      était certes une toute petite démocratie, mais quel autre régime voulons-nous dans   
      nos pays ? Y travaillons-nous ?  
      
      Nos associations se sont construites en disant qu’elles ne faisaient pas de politique.   
      Mais il faut apprendre à confronter nos visions avec celles des autres, ne pas avoir   
      peur. C’est cela, faire de la politique.
      Cependant,  ne pas opposer politiques et société civile : nous avons en commun   
      des choses communes : impôts, transports….


4.  Des avancées 

-     C’est dans nos démocraties que sont sortis de la marginalité :

       a) le commerce équitable
       b) la régulation des filières des multinationales
       c) l’agriculture bio
       d) les banques solidaires
       e) les énergies renouvelables
       f)  l’économie de fonctionnalité https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_fonctionnalit%C3%A

Cela fait maintenant système au niveau local. L’Europe pourrait se donner pour objectif de l’étendre au niveau européen, puis global.

 -    On cherche de plus en plus à identifier d’autres pays du monde qui trouvent et appliquent d’autres solutions. 

-    De plus en plus émerge - s’impose ? - l’idée que la « décroisssance », (ou si l’on 
préfère dire « croître autrement ») ne sera pas apocalyptique, contrairement à ce 
que disent les néolibéraux pour faire peur. En fait, croître autrement, ce peut être 
une métaphore de la façon dont la chenille devient papillon : une métamorphose,       
      pas une mort.

En conclusion, se former, pour ne plus être trop timides, nuancés. Affirmer nos valeurs. Parler fort ! 

 

Les publications des éditions Charles Leopold Mayer sur les nouvelles démarches citoyennes peuvent être téléchargées gratuitement sur ce site : http://www.eclm.fr/