5/5« D’une rive à l’autre c’est une vie qui compte » : rencontre avec des familles de migrants disparus

Par Camille Lebouvier

famille_de_disparus.jpgL’année 2010 a vu grossir la vague de jeunes migrants Tunisiens (âgés de 16 à 35 ans) embarquant dans les « bateaux de la mort » en direction des côtes européennes. Partis à la recherche d’un hypothétique avenir meilleur, de meilleures conditions de vie. Mais, outre cette soif d’un autre avenir, ce sont bien les lois et directives européennes en matière de migration qui obligent ces jeunes à s’embarquer pour ce périlleux voyage. Faute de pouvoir obtenir un visa et emprunter des moyens légaux, bon nombre de ces jeunes sont contraints de risquer leur vie en tentant la traversée de la méditerranée sur des embarcations de fortune.

En l’espace de 3 mois en 2011, suite au début de la Révolution, ce sont près de 32 000 migrants qui ont tenté leur « chance ». On recense à l’heure actuelle au minimum près de 800 disparitions, voir 1 300 selon l’estimation des responsables du Forum Tunisien pour les Droits économiques et sociaux, association partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Ce sont les mères et les pères de quelques-uns de ces disparus que nous avons eu la chance de rencontrer cet après-midi lors d’une rencontre chargée en émotion. Ces familles ont partagé avec nous leur douloureuse histoire et le combat qu’elles mènent pour obtenir la vérité sur la destinée des leurs enfants. Disparus, morts en mer, ou détenus dans un  centre de rétention en Italie, toutes les hypothèses sont envisageables.

Certaines familles nous ont raconté avoir reconnu leurs fils dans les images de reportages vus sur internet ou à la télé mais n’ont aucune nouvelle depuis plusieurs mois.

L’association « Une Terre pour tous » tente d’obtenir des réponses de la part du gouvernement tunisien mais aussi des autorités européennes. Côté tunisien, malgré la légitimité de leur combat et les preuves présentées depuis 2011 (vidéos, témoignages…), les autorités restent de marbre et ne donnent aucune réponse satisfaisante. De l’autre côté de la Méditerranée, les autorités ne sont pas plus réceptives, ces disparus ne semblent être que des chiffres et plus vraiment des hommes et des femmes.

Pour tenter d’apaiser voir d’étouffer les revendications, le gouvernement tunisien a mis en place une Commission d’enquête par le biais du Ministère des Affaires étrangères. Les familles ont rédigé un appel destiné à exiger des autorités européennes un changement de politique en matière d’immigration mais aussi la création d’une commission indépendante pour que toute la vérité soit enfin faite sur ces disparitions.

Au-delà de l’expression de leur peine et du récit des drames qui ont frappé leurs familles, les femmes et les hommes que nous avons rencontrés ont exprimé une réelle volonté de militer pour une nouvelle politique migratoire européenne. Ils veulent aussi trouver des relais pour pouvoir trouver des solutions locales permettant à tous les Tunisiens de mieux vivre chez eux, sans devoir tout quitter pour tenter de trouver un avenir meilleur ailleurs.

 

 

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