Feuille de liaison n° 12 CCFD-Terre Solidaire Haute-Loire
Infos nationales

 

  • Etats généraux de l’alimentation (source Le Monde Afrique le 20/10/17)

Quatre ONG de solidarité claquent la porte des Etats généraux de l’alimentation

Les associations, soutenues par le CCFD-Terre solidaire, mettent particulièrement en cause la cohérence des politiques publiques françaises.

 « Déçues par le manque d’ambition du débat sur l’insécurité alimentaire internationale », Oxfam France, Action contre la faim, le Secours catholique Caritas et Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) ont claqué la porte, vendredi 20 octobre, des Etats généraux de l’alimentation organisés par le gouvernement.

« Nous mettons en cause le manque d’ambition des propositions et dénonçons l’absence de tout débat de fond sur la solidarité internationale alors que la faim est remontée pour la première fois dans le monde depuis longtemps », a déclaré Clara Jamont, qui représentait Oxfam France à la réunion de l’atelier 12 des Etats généraux vendredi.

Les quatre ONG, soutenues par le CCFD-Terre solidaire, mettent particulièrement en cause « la cohérence » des politiques publiques françaises avec le « respect du droit à l’alimentation pour tous », et dénoncent la participation de la France au partenariat « Nouvelle Alliance du G7 pour la sécurité alimentaire et la nutrition ».

Cette initiative, véhiculée par de grosses sociétés d’agrobusiness qui s’implantent notamment en Afrique« met en péril les agricultures paysannes africaines et les droits des populations vulnérables », accusent les quatre ONG dans un communiqué commun.

« Objectifs divergents »

« L’ordre du jour ne portait que sur la mise en place de colloques ou de sites web pour partager des expériences positives en termes d’investissement dans l’agriculture. C’est ahurissant que l’on ne parle ni de problème structurel, ni des conséquences négatives des activités » des sociétés implantées en Afrique, notamment en matière de déforestation et d’accaparement des terres, a ajouté Clara Jamont.

Lors de la Journée internationale de l’alimentation des Nations Unies, le 16 octobre, le Comité catholique contre la faim et pour le développement avait déjà accusé les Etats généraux de l’alimentation de « schizophrénie », en soulignant des « objectifs divergents » entre la « conquête des marchés agricoles à l’international par les entreprises françaises » et « la politique de coopération pour la sécurité alimentaire mondiale ».

Pendant les débats de l’atelier 12, vendredi après-midi, la fondation Avril et la fondation Credit agricole Grameen devaient présenter leurs « actions positives », « mais les conséquences négatives de la spéculation du Crédit agricole sur les matières premières agricoles » ne font pas partie du débat, a dénoncé Mme Jamont.

 

  • COP23] Climat : pour une transition vers un modèle agricole socialement juste et respectueux de nos ressources

Le CCFD-Terre Solidaire participera aux négociations de la COP23 (6–17 novembre 2017) pour faire pression sur les gouvernements afin qu’un programme de travail ambitieux sur l’agriculture et la sécurité alimentaire soit créé. Les Etats doivent trancher en faveur d’un modèle agricole capable de nourrir le monde, tout en respectant l’environnement et les droits humains.

  • Une première étape franchie à l’ONU pour le traité sur les multinationales et les droits humains

Le CCFD-Terre Solidaire était également présents du 23 au 27 octobre à Genève pour que les négociations en vue de la rédaction d'un Traité international sur les multinationales et les droits humains puissent se poursuivre au sein du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU. Malgré de nombreuses obstructions provenant d’un certain nombre de pays, notamment de l’Union européenne, la session de négociations, tenue à Genève du 23 au 27 octobre, confirme la future rédaction d’un tel Traité international, dont les populations victimes des agissements des multinationales ont notamment besoin pour faire valoir leurs droits. La France et l’UE, doivent s’engager pleinement et nous resterons mobilisés en ce sens.

 

*Infos diverses :

Dans le journal La Croix du 16 octobre dernier, un article mentionne le du CCFD-Terre Solidaire

 

Pour rappel, lors de l’immersion d’octobre des partenaires venaient du Burkina Faso dont Richard Minougou, secrétaire exécutif de l’association APN-Sahel et Pascaline Kiemdé chargée de programme souveraineté alimentaire au sein de l’association INADES Formation

«Au Burkina, éloigner le spectre des émeutes de la faim»  Antoine d’Abbundo,

Extraits : « Il y a dix ans déjà, l’insécurité alimentaire avait jeté des milliers de Burkinabés dans la rue.

 

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À Ramessé, 600 habitants, à une quinzaine de kilomètres d’Ouahigouya, la grande ville du nord du Burkina Faso, « porte d’entrée » vers le Mali, tous les paysans racontent la même histoire. Elle se répète dans tous les villages de cette province sahélienne du Yatenga où l’agriculture est la principale activité. Les familles s’agrandissent et l’espace manque. Il ne pleut plus comme avant et les sols s’appauvrissent. L’État les a oubliés et la terre permet tout juste de survivre.

Tous gardent le souvenir amer de cette fin d’année 2007 où il a fallu se nourrir d’herbes sauvages, de feuilles d’arbres et de bouillies liquides, par manque de farine en raison des mauvaises récoltes. 

« Tout a démarré à la suite d’une brusque flambée des cours mondiaux des céréales. Du coup, le prix de produits de base comme le sorgho, le maïs et le riz a doublé. Une hausse insupportable pour l’immense majorité des 18 millions d’habitants d’un des pays les plus pauvres de la planète », se souvient le coordinateur national d’Aprossa–Afrique verte, une ONG qui promeut la souveraineté et la sécurité alimentaire.

À l’époque, face à l’urgence, les autorités avaient supprimé les taxes à l’importation et acheté massivement du riz asiatique revendu à prix social pour calmer la grogne. Depuis, les capacités de la Sonagess, la Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire, chargée d’intervenir en cas de choc, ont été renforcées.

Pour relancer la production, le gouvernement a lancé un programme de « modernisation » basé sur la promotion de l’usage d’engrais subventionnés et le développement de grands projets hydroagricoles censés permettre l’émergence d’une agro-industrie nationale. Mais ces orientations sont très critiquées par nombre d’organisations de la société civile. « Cette politique favorise un agrobusiness qui n’est pas la bonne réponse à l’insécurité alimentaire à laquelle le pays est confronté. Il faudrait, au contraire, soutenir prioritairement l’agriculture familiale qui représente 80 % des exploitations. Nos paysans sont tout à fait capables de nourrir le pays pour peu qu’on les aide à produire plus et mieux », résume Aline Zongo, directrice d’Inades-formation Burkina, une association qui plaide pour un modèle agroécologique.

Son plaidoyer est soutenu par le CCFD-Terre solidaire, première ONG française de développement, qui a lancé en 2016 un ambitieux programme de soutien aux actions tous azimuts mises en place par une douzaine d’organisations partenaires des régions du Sahel (Mali, Niger et Burkina) et des Grands Lacs (Burundi, Rwanda et RDC).

Aider les communautés paysannes à s’organiser ; diffuser les techniques qui permettent de produire plus et de façon durable ; encourager le maraîchage qui diversifie l’alimentation et fournit des revenus d’appoint ; développer les activités de transformation pour créer de la valeur ajoutée et s’adapter aux demandes des consommateurs urbains…, partout dans le pays, sous l’aiguillon d’une société civile particulièrement active, les initiatives se multiplient pour éloigner le spectre des « émeutes de la faim ».

« Mais malgré des progrès indéniables, la situation reste fragile, avertit Florian de Jacquelot, chargé de mission Sahel pour le CCFD-Terre solidaire. Pour l’instant, les bonnes récoltes engrangées depuis quelques années semblent avoir mis le pays à l’abri d’une crise. Mais il reste vulnérable. Aussi, pas question de baisser la garde. »

C’est l’objet du rapport que publie, ce lundi 16 octobre, l’ONG à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation. Il rappelle qu’avec 1,5 milliard de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le monde, on est encore loin de l’objectif que s’est fixé la communauté internationale de « faim zéro ».

Antoine d’Abbundo