NIMBY

Connaissez-vous le terme Nimby …en anglais Not In My Back Yard  …Pas dans mon arrière cour ! Nimby, c’est ordinairement une expression qu’on utilise pour traduire l'opposition de résidents à un projet local, par exemple une usine d’incinération de déchets ou un champ d’éoliennes. On parle de syndrome NIMBY pour désigner en particulier l'attitude de personnes qui veulent bien tirer profit des avantages du projet, mais qui refusent sa réalisation, considérée comme pouvant être source de nuisances olfactives, visuelles….dans l’environnement proche de chez soi ou parce que cela déprécie l’endroit.

Que veut dire cet accord récent de l’Europe avec la Turquie qui semble officialiser « un tri sélectif » entre les bons migrants et ceux dont on ne veut pas, ils sont moins bien traités que les marchandises auxquelles on accorde plus de valeur. C’est choquant ! Mais le fait est que personne ne veut de ces migrants alors on les renvoie aux limites extérieures de l’Europe, on ne sait pas quoi en faire…. N’oublions pas, comme nous le dit Guy Aurenche, que les migrations sont le fait de déséquilibres mondiaux et d’inégalités, elles sont alimentées en partie par l’incapacité de la communauté internationale à construire un ordre mondial juste et à mener de véritables politiques de paix. Alors, n’y aurait-il pas un syndrome européen nimby vis-à-vis des migrants … ?

Bruxelles nous le rappelle. Nous faisons l’expérience à chaque attentat que notre meilleure réponse est dans le vivre ensemble. Ils n’auront pas notre liberté, nos valeurs, c’est notre cri ! Oui, la seule solution est le respect et le vivre ensemble, y compris dans l’accueil du réfugié quand celui-ci fuit des violences de toutes sortes.

Vous vous souvenez du petit Prince de Saint Exupéry, il visite d’étranges planètes avec des personnages non moins étranges qui disent l’absurdité du monde : ainsi, le roi d'un empire qui n’existe pas, le businessman propriétaire.. d'étoiles, l'allumeur de réverbères, obligé du fait de la vitesse de rotation de sa planète d'effectuer un travail absurde et ininterrompu…Et si le Petit Prince voyageait dans notre époque :  Il s’étonnerait sans doute de cette Europe où l’on accorde une place première à l’enfant…mais qui laisse chaque jour mourir des enfants, en méditerranée, il s’étonnerait de la libre circulation des marchandises, alors que les personnes en sont empêchées, il regarderait tristement tous ces migrants sur les routes de la planète, refoulés et condamnés à vivre dans des zones de transits ou à disparaître….parce que personne ne veut d’eux. Avons-nous oublié ce que nous dit l’expérience du Petit Prince…on ne voit bien qu’avec le cœur. Au-delà du migrant, voit on ces hommes, ces femmes et ces enfants, pouvons-nous imaginer ce qu’ils ressentent dans leur cœur en étant chassés de toutes parts, fuyant les bombes et trouvant hostilité et rejet…quelle désillusion pour eux, quelle cruauté….

Le Pape François pour le jeudi Saint s’est agenouillé devant des migrants pour leur laver les pieds. Geste symbolique, mais fort, qui nous invite à renverser le pouvoir et à nous faire revenir dans un humble rapport à l’autre, en restaurant la dignité de l’homme et en ravivant l’espérance. C’est le sens de la fête de Pâques qui nous invite à passer vers plus de vie. Puissions-nous passer du syndrôme Nimby à l’accueil de l’autre. Au-delà de nos peurs et des difficultés, le CCFD-Terre Solidaire nous appelle à développer le refus de l’inacceptable dès que la dignité d’une personne est en jeu, le geste qui sauve, le souci de l’éveil aux comportements solidaires et l’exigence citoyenne en appelant à lutter contre les causes des injustices. Bon passage !