Rencontre avec Dalila Ben Mbarek Msaddek. 

La Tunisie connaît à l'heure actuelle, une fabuleuse expérience de réveil démocratique.
On peut dire réveil et non pas éveil car la démocratie était déjà dans les têtes de nombreux tunisiens et tunisiennes mais elle était étouffée par le poids de la peur, de la censure et de la répression.

14 janvier... Dégage... La peur a changé de camp. C'est le retour du refoulé. Une nouvelle page s'ouvre. La démocratie se réveille. Elle sort de sa chrysalide.

La démocratie représentative s'enlise dans les tractations sordides entre les partis pléthoriques. C'est un peu inévitable lorsqu'un régime s'effondre. Les partis comptent leurs voix et ne songent pas encore à des alliances nécessaires.
Par contre, la société civile se construit progressivement. A la base, la démocratie participative fait preuve d'une remarquable vitalité.
Tout n'est pas gagné. La perspective d'une nouvelle censure religieuse laisse planer le risque d'un étouffement des libertés (hourryia).
On peut cependant être raisonnablement confiant car il y a une symbiose possible entre un Islam des lumières et un humanisme laïc.

Des intellectuels tunisiens comme Youssef Seddik, Abdelwahab Meddeb, Mohammed Talbi, Mohammed Charfi, Hicham Djait, Yad Ben Achour ont tracé la voie. La Charia. C'est bien le sens étymologique de ce mot qu'on dénature en occident.

Le plus important est que les tunisiens et surtout les tunisiennes prennent en main leur destin. On pourrait citer de nombreux exemples :
Je me limiterai à une rencontre qui m'a beaucoup marqué avec Dalila Ben Mbarek Msaddek.

Dalila est une avocate spécialisée en droit social et droit du travail. Elle est mariée et mère de trois filles. Je l'ai rencontrée sur le Forum au stand de Doustourna.
Elle était pendue au téléphone sur le stand de Doustourna. J'ai attendu la fin de la conversation pour l'interpeller. J'avais rencontré la veille, dans la navette qui nous ramenait du stade Menzah, des militants de Doustourna qui m'avaient invité à passer à leur stand au Forum.

Dalila était assaillie de toutes parts. J'ai réussi à lui tendre la main. Je n'ai pas pu m'attarder tellement elle était sollicitée. Je connaissais son histoire qu'elle avait racontée dans un livre « Je prendrai les armes s'il le faut » (Presse de la Renaissance).
e connaissais par son livre sa difficulté de concilier son engagement politique et ses liens familiaux notamment avec ses trois filles et son mari exemplaire.
J'ai juste eu le temps de lui dire « ça va les filles ». Elle m'a répliqué avec un large sourire « ça va, je viens de les avoir au téléphone. Elles ont compris que je luttais pour leur avenir ».

Je m'en tiendrai ici à ces propos. Je ne voudrais pas squatter outre mesure l'espace du blog. On aura le temps d'évoquer le formidable combat de cette femme que rien ne destinait à un engagement politique.

Je vous laisse sur ses propos :

« Moi qui n'aimais pas la politique, je me suis lancée dans l'aventure en fondant un mouvement citoyen. Je n'aimais pas me battre mais je suis descendue dans l'arène. Je prendrai les armes s'il le faut ».

Un militant du CCFD Alex Zygom